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Atypique, la série : appréciation tardive d’une Aspie

Au courant de l’été dernier, j’ai vu passer un déluge de publications dans mon fil d’actualité sur Facebook portant sur Atypique, une télésérie centrée sur l’histoire de Sam, un jeune homme autiste qui vit ses premières expériences amoureuses. N’étant pas une personne très à l’affût des phénomènes populaires, j’ai laissé glisser. De plus, les quelques œuvres de fiction se rapportant à l’autisme dont j’ai pris connaissance par le passé ne m’ont pas particulièrement emballée. Je m’intéresse davantage à l’actualité scientifique, aux conférences, de même qu’aux récits, aux témoignages et au travail artistique de personnes autistes. N’ayant pas non plus accès à Netflix, la question du visionnement s’est trouvée vite réglée.

Au courant des semaines qui ont suivi, plusieurs personnes m’ont demandé ce que je pensais de la série. Dans les mêmes temps, j’ai appris que ma fille avait installé le compte Netflix de son copain sur le téléviseur. Ces incitatifs m’ont décidée à visionner la série. Alors, bien que tardive, voici donc mon appréciation.

Le principal aspect qui m’a plu de cette série est le fait que l’autisme y est abordé sous un angle systémique. En effet, elle est construite à la manière d’une constellation de personnages qui évoluent en fonction des événements qui se présentent. Le point de vue de chacun des personnages apparaît bien exploité, que ce soit celui de la personne autiste, des deux parents, de la fratrie, de la thérapeute, de l’amoureuse et des amis. Cette diversité de perspectives donne un aperçu multidimensionnel des joies et des défis amenés par l’autisme. Aussi, chacun des personnages est présenté selon une somme de qualités et d’imperfections, ce qui leur donne un caractère humain et contribue à dépeindre les scènes de vie sous un jour vraisemblable.

Je pourrais émettre une critique portant sur le fait que Sam, le personnage principal, manifeste à lui seul la presque totalité des traits Asperger existants. La réalité est somme toute plus nuancée. Il y a chez les Asperger autant de diversité que chez les personnes non autistes. Mais cette critique n’en est pas vraiment une étant donné que le but d’une télésérie fictive n’est pas de dépeindre avec exactitude la réalité telle qu’elle se présente, mais bien de la romancer de façon à allumer la curiosité et à développer l’intérêt des spectateurs. Après tout, il ne s’agit pas d’un documentaire. Et si le personnage de Sam exprime un « concentré » de traits Asperger, il reste que ces derniers sont présentés de façon respectueuse, ainsi la construction du personnage ne tombe aucunement dans la caricature.

En tant que femme Asperger, je ne me sens cependant pas entièrement interpellée par la façon dont l’autisme se manifeste chez Sam. Je pense que cela est dû au fait que le personnage semble construit à partir du profil classique Asperger, c’est-à-dire basé sur l’observation des caractéristiques présentes chez les garçons. Par exemple, Sam tend à partager ses intérêts spécifiques à un peu tout le monde. Chez moi, comme chez d’autres filles et femmes Asperger, mes intérêts sont davantage intériorisés. C’est-à-dire que je les vis davantage dans la solitude et, en dehors de circonstances particulières, j’ai peu le réflexe de les partager. Je ne tends pas non plus à confondre comme il le fait la notion de public et de privé. Et lorsque je vis un moment de grand stress ou de désorganisation, cela s’exprime davantage dans la sphère intime de ma vie, qu’au su et au vu de tous. J’ai été une enfant et une adolescente plus silencieuse qu’autre chose. Bien qu’aujourd’hui je sois plus bavarde que dans mon jeune temps, il reste que j’ai régulièrement besoin de périodes de solitude pour me déposer et refaire mon énergie. Je ne suis donc pas fabriquée sur le même modèle que Sam et n’ai pas connu non plus la dynamique familiale, amicale et thérapeutique qui entoure Sam. De façon générale, on peut dire que je me suis débrouillée seule avec les événements de ma vie et avec ma différence jusqu’à très tard.

Dernier élément que j’ai particulièrement apprécié de la série, c’est la concrétisation d’un bal silencieux par la petite amie de Sam, afin qu’il puisse vivre la fête comme le font tous les grands adolescents de ce monde, sans se trouver incommodé par le tapage sonore que l’on rencontre habituellement dans ce genre d’événements. Bien que peu perceptible aux premiers abords, la pression sociale est forte autour des personnes dont le fonctionnement ne correspond pas tout à fait aux normes. Elles investissent des efforts constants afin de s’adapter à l’environnement, aux circonstances et aux autres, souvent sans que cela se remarque de l’extérieur. Et il n’est pas rare que cet effort invisible en continu mène à l’épuisement. Il y a quelques années, lorsque j’ai commencé à lire au sujet de l’autisme, une des stratégies dont j’ai pris connaissance invitait les personnes Asperger à cesser de s’adapter à outrance et à penser à adapter davantage les choses à leur situation. Il s’agit d’une tactique simple en apparence, mais qui à mon avis détient le potentiel de modifier des trajectoires de vies. En tous les cas, il s’agit d’une des clés qui a amorcé des changements concrets et positifs dans ma vie.

En résumé, Atypique est selon moi une bonne série à regarder, qui intéressera certainement les familles qui ont un jeune autiste à la maison, mais je ne peux pas dire qu’elle a été jusqu’à me passionner.

À titre personnel, je me suis davantage sentie interpellée par The good doctor, une série qui a été diffusée au courant de l’automne à la télévision et dont l’histoire tourne autour du docteur Shaun Murphy, un jeune chirurgien autiste. Je n’ai pas encore visionné la série en entier, mais à partir des épisodes que j’ai regardés, j’ai senti des affinités avec sa manière de penser, de ressentir les choses, de lire les situations sociales, avec sa vivacité d’esprit et ses capacités d’apprentissage. Aussi, j’ai été particulièrement touchée par le fait que sa manière naturelle d’être bouscule parfois, sans qu’il le recherche, les personnes qu’il côtoie. Au point de les amener à remettre en questions plusieurs de leurs attitudes, perceptions et manières d’êtres. Lorsque la différence s’exprime, il arrive qu’elle ébranle les certitudes et se montre exigeante, mais pour qui sait entendre et recevoir, elle pousse aussi personnes et collectivités à développer davantage d’intégrité, de congruence, en somme à rendre le meilleur d’elles-mêmes.

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